Un début divin

« Ce soir, je suis vraiment frappé de toute la beauté de l’épouse de Jésus. »

Geri Keller se tenait devant plus de 250 leaders chrétiens canadiens et internationaux lors de la « réunion des pères » au mois d’août dernier à Woodstock, à l’Î.-P.-É. Keller, avec son épouse Lilo, faisaient partie d’une délégation de leaders de l’église venue de différents coins de la Suisse.

« Nous sommes ici comme les espions, expliqua-t-il, venu voir ce que le Seigneur peut faire par grâce. Nous sommes dans un pays de lait et de miel, et nous retournerons dire à nos frères et sœurs : le Seigneur peut aussi agir en Suisse comme il le fait au Canada. Nous avons vu le fruit de l’œuvre du Saint-Esprit. C’est pour nous un profond rafraîchissement, une espérance vivante. »

Mais ni Keller ni aucun des autres délégués ne pouvait prévoir ce qui arriverait ensuite.

Aussi présente au rassemblement de Woodstock se trouvait une délégation de croyants amish de l’ouest des Etats-Unis. Comme la délégation suisse était appelée sur l’estrade pour se présenter, Ben Girod, le leader de la délégation amish, fut immédiatement touché :

« Dans mon cœur, je me suis mis à pleurer. Je ne les avais jamais rencontrés avant, mais je savais que c’était une rencontre divine. »

Devant la salle, Geri Keller présenta l’équipe suisse, disant :

« En tant que suisses, nous avons reçu une double grâce, ce soir. Nous voulons premièrement vous remercier de tout notre cœur, vous les canadiens, pour votre dévouement, votre obéissance, et pour l’exemple que vous êtes pour nous. »

« Aujourd’hui, le 1er août, c’est la fête nationale de la Suisse. Et on nous a donné l’immense privilège de recevoir un grand cadeau : être ici avec les anabaptistes. »

Sur ce, Keller se mit à pleurer.

Une histoire remplie de douleur
Ce que plusieurs des observateurs canadiens ne savaient pas, c’est que les Amish ont une longue histoire remplie de douleur avec l’église suisse. En fait, les Amish sont les descendants de la branche suisse du mouvement anabaptiste provenant de la Réforme. Bien que les anabaptistes observaient la plupart des doctrines de la Réforme, ils remettaient en question la doctrine du baptême des jeunes enfants. Comme les baptistes qui les suivraient, les anabaptistes rejetaient le baptême des jeunes enfants, croyant que seulement les adultes pouvaient être baptisés après avoir fait une déclaration consciente de leur foi chrétienne. Les anabaptistes se séparèrent donc de l’église d’État. Une église sous le pouvoir de dirigeants qui peuvent être ou ne pas être de vrais croyants n’est pas une vraie église, disaient-ils.

En réponse, ceux de la Réforme les appelèrent d’une façon péjorative les anabaptistes ou les « rebaptiseurs » et les persécutèrent jusqu’à la mort. Certains auteurs d’histoire religieuse croient que la persécution des anabaptistes fut encore plus sévère que celle infligée à la première église par l’empire romain. Ce fut en quête de sécurité et de liberté religieuse que les Amish, les Huttérites et les Mennonites vinrent en Amérique du Nord au 16e siècle.

« L’église d’État a vraiment persécuté les anabaptistes, continua Keller. Un de leur leader, Felix Manz, un homologue de Luther, fut traîné hors de sa prison et noyé dans la Limatt, à Zurich. Et à cause de cela, nous n’avons jamais été capable de recevoir la pleine bénédiction de la Réforme pour notre église et vous avez été empêchés d’entrer dans la plénitude de votre héritage spirituel. » Comme Keller penchait sa tête avec honte, Ben Girod et plusieurs des leaders amish se mirent à pleurer ouvertement.

« Mais maintenant, déclara Geri avec foi, le temps est venu où Dieu va ramener souverainement ensemble ces deux bâtons brisés, les anabaptistes et les membres de l’église d’État. L’église suisse doit reconnaître ses péchés et ses manquements du passé. Et nous avons besoin que les anabaptistes nous déclarent libres, pour que nous puissions tous deux entrer dans notre destinée, ensemble, en tant que corps de Christ. »

En parlant, Keller plongea la main dans le sac de sa femme et en retira un petit paquet de chandeliers rouges, marqués chacun d’une croix blanche, réplique du drapeau suisse.

« C’est la seule chose que Lilo pouvait faire entrer dans son sac ! Quand vous y insérez des chandelles, elles illuminent la croix blanche. Et je veux les donner à Ben et Barbara [Girod] pour que vous soyez assez gentils de les allumer de temps à autre en signe d’espoir que nous nous reverrons en Suisse, et que le sang de Jésus-Christ purifiera la culpabilité et les péchés de la Suisse. »

Une libération

Tandis que les leaders applaudissaient et criaient, Geri prenaient Ben et Barbara dans ses bras pour les embrasser et leur présenter leur cadeau. Ensuite Ben, faisant signe à d’autres leaders amish de le rejoindre, demanda à Geri et Lilo de rester.

« Nous, commença Ben, en tant que pères couvrant notre peuple anabaptiste, vous accordons le pardon. Nous vous pardonnons du plus profond de nos cœurs. » Et sur ce, les leaders amish entourèrent les Keller qui pleuraient maintenant à chaudes larmes.

« Et au nom de notre peuple, continua Ben, nous vous demandons de ramener avec vous ce pardon en Suisse et en Allemagne. »

« Il y a eu une libération dans les cieux, il y a eu une libération chez notre peuple. Notre peuple marche dans les ténèbres. Une libération est venue ce soir », déclara Girod.

Un fleuve puissant
Le jour suivant, comme les Keller et les Girod discutaient et riaient ensemble sur la pelouse devant le centre de conférence, ils s’émerveillaient de leur rencontre.

« Hier j’ai ressenti que c’était le commencement divin d’un parcours qui est devant nous », partagea Lilo Keller. Et regardant Barbara et Ben une étincelle dans les yeux, elle ajouta : « Et nous vous verrons en Suisse, c’est sûr ! »

Ben partagea : « Quand j’ai rencontré Geri et Lilo hier, mon cœur a été très ému. Je ne les avais jamais rencontrés auparavant. Tout ce que je savais, c’est que c’était une rencontre divine. »

Après une longue pause, Geri Keller dit : « Hier soir, j'ai retrouvé mon chez-moi. Je suis un enfant de l’église d’État de Suisse. Et quand [à la fin de la réconciliation] nos deux groupes sont venus ensemble pour chanter ce chant, Dieu est amour, j’ai ressenti que ces deux courants qui avaient été séparés depuis des siècles coulaient maintenant ensemble comme un fleuve puissant à la gloire de Dieu. »

Danser de joie
Quelques jours plus tard, les délégations suisses et amish participaient ensemble à un rassemblement national canadien à Charlottetown, à l’Î.-P.-É. Devant 1500 canadiens ravis, David Demian appela les deux délégations. Comme Russ Rosen et le groupe musical Upstream se mirent à jouer un air folklorique de violon des plus entraînants, les leaders suisses et amish sautèrent sur la scène et commencèrent à danser ensemble, pleins de joie. Cette image prophétique se développa encore quand un jeune leader suisse attrapa un drapeau suisse et se mit à l’agiter au-dessus d’eux.

« C’était un moment historique, dit Demian par après. Pour plusieurs des Amish, c’était la première fois qu’ils aient jamais dansé, où que ce soit, encore bien moins en public. Ils ne se servent même pas d’instruments de musique dans leur louange. »

L’avenir
Que réserve l’avenir ? Depuis ces rassemblements, un petit groupe de leaders amish est allé en Suisse pour rencontrer des leaders de l’église suisse. Et en janvier 2003, les Keller, accompagnés d’autres suisses, se rendront en Amérique pour visiter les communautés amish et continuer à développer des relations. Tous les participants voient ces visites comme une préparation à la repentance nationale suisse envers les Amish qui est prévue en Suisse du 1er au 4 mai 2003.

« À la Pentecôte, cette année, j’étais dans une caverne très célèbre des anabaptistes. C’était un refuge au temps de la Réforme pour les anabaptistes de la région de Zurich. Dans cette caverne, de l’eau coule des hauteurs, jour et nuit. C’est comme un manteau d’eau continuel. Et je ressens que c’est un des endroits où la réconciliation doit se produire. »

« Et j’attends ardemment le jour où le manteau de grâce et de passion du Seigneur recouvrira nos deux mouvements, les anabaptistes et l’église d’État. »
 

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Si vous souhaitez obtenir de plus amples renseignements sur le Rassemblement de Charlottetown, Watchmen a produit une vidéo, Le corps
ainsi qu'un CD de louange Now is the Time (Voici le temps)
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